BUENOS AIRES - MEDIANERAS

2019


A Buenos Aires, le remplacement du tissu urbain issu de l'architecture coloniale par des immeubles de logements denses répondant à la croissance effrénée de la population au cours du XXe siècle a engendré une forte hétérogénéité du bâti.


Non planifiées ni réglementées, et exécutées dans la précipitation, ces nouvelles constructions immenses accolées aux maisons individuelles basses sont venues donner une nouvelle image chaotique de la ville, celle d'un patchwork urbain manquant de cohérence.
En effet, pour densifier ces parcelles longues et fines résultant du plan urbain établi lors de sa colonisation - un découpage en damier d'îlots carrés d'environ 115m de côté appelés manzanas - de hautes barres de logements ont été construites.
Contraintes d'une part par le parcellaire, de l'autre par l'impossibilité de créer des ouvertures en limite de parcelle attenante à un voisin, d'immenses pignons aveugles, les medianeras, entraînent un choc des échelles alors qu'une partie de l'habitat historique bas persiste. Afin d'amener de la lumière dans ce parcellaire très contraint, on observe aussi des jeux de volumes parfois étranges, exposés en l'absence de constructions mitoyennes. Certains habitants, dans la contrainte d'appartements en longueur ayant des fenêtres limitées à un linéaire de façade très étroit, y ont fait faire des ouvertures sauvages afin d’amener plus de la lumière dans leur logement. Celles-ci viennent briser la monotonie de ces pignons nus sans échelle.



Aujourd'hui, bien que de nouveaux codes de la construction tendent à lisser ces différences, les espaces libres résultant de ces volumes en dents de scie sont utilisés par les annonceurs qui y voient l’occasion de multiplier leur visibilité avec de l’affichage géant ; bien qu'à cause des difficultés économiques du pays, de nombreux espaces publicitaires restent vides.

© Isabelle Ducrest 2020